Présentation
(À mes fantômes Pedro, Pépine et Lulu) C'est quoi, cette histoire? Parcours du combattant, voyage initiatique? Jugez-en vous-mêmes:
Je débarque à Montréal de mon Québec natal en 61. Ouais, ça fait un bout de temps. Juste au moment où l'univers monolithique que j'ai toujours connu se fragmente à vue d'oeil, pour faire place à la folle mosaïque d'aujourd'hui. Notre société renfermée, janséniste s'ouvre au monde comme une moule dans l'eau bouillante, plutôt comme une marmite trop longtemps chauffée qui pète son couvercle. Notre révolution n'aura eu de tranquille que le nom et l'absence de violence physique -- sauf pour quelques boîtes à malle.
J'ai alors vingt ans, un mince bagage de collège classique et une curiosité sans bornes. Par pure chance, apprenti-journaliste, je suis propulsé directement aux premières loges. Je circule, les yeux ronds comme des trente-sous, autant de naïveté que d'émerveillement, à travers un milieu et une époque qu'il m'aura fallu trente ans pour comprendre à quel point ils étaient exceptionnels.
Aujourd'hui, sentant graduellement les souvenirs se brouiller, voyant peu à peu (ou plutôt beaucoup à beaucoup) les figures du bon temps disparaître autour de moi, je sens l'urgent besoin d'en fixer l'essentiel. Pas comme historien objectif et scientifique, mais comme témoin passionné, profondément marqué par tout ce chambardement social et culturel dont j'ai vécu les principaux avatars, dont j'ai hanté les lieux privilégiés, dont la plupart des acteurs et figurants ont été au moins des connaissances, souvent des complices et quelquefois des amis.
J'ai choisi comme date charnière le 2 mai 1964. Pourquoi? Cette nuit-là j'ai dansé, dans un bar mythique de la rue Sherbrooke près d'Aylmer (la première Casa Pedro), à une soirée costumée audacieusement baptisée «le Bal du printemps cosmique»; le soleil qui sert de leitmotiv à ces pages en était le symbole. Décors et éclairages, Jean-Paul Mousseau. Musique, Vic Vogel et Lee Gagnon. Costumes, tout le monde, de Marielle Fleury à Yvon Duhaime et Irène Chiasson. Participants, ce que Montréal comptait de créateurs politiques (de Pierre Trudeau à Gérald Godin et aux felquistes), musicaux (Louise Forestier, François Morel, Claude Dubois, etc.), graphiques (Rita Letendre, Molinari, Lemoyne), cinématographiques (Jutra, Straram, Lamothe), littéraires (Miron, Legagneur, Péloquin), théâtraux (Albert Millaire, Françoise Berd, Robert Gurik). Ceux et ceuses qui n'y étaient pas, c'est que leur mère les laissait pas sortir!.
À partir de ce pivot, je m'épivarde dans toutes les directions, remontant parfois jusqu'au Refus Global quinze ans plus tôt, parfois descendant jusqu' à l'élection du PQ douze ans plus tard. Sautant d'une plage de Gaspésie à un hangar de Val-David en passant par une taverne de la rue Guy, un bistrot de Paris, une cave de New-York ou un four de potier de Tokyo. Touchant moins à la politique et aux faits publics, déjà abondamment contés par d'autres, qu'aux rites du quotidien, qu'aux péripéties culturelles et intellectuelles qui étaient la chair et le sang donnant vie à l'archi-connu squelette «officiel». .
Ci-dessous, vous trouverez une vision bien subjective de l'époque, sous forme de notes personnelles, directement vécues se rapportant aux personnages, aux endroits, aux oeuvres et objets, aux incidents qui m'ont marqué. De tout ça, je vais (le temps aidant et malgré l'évidente mauvaise volonté de Conseils des Arts qui n'en voient pas l'intérêt) tirer un gros bouquin chez Boréal, dont le titre sera ou ne sera pas le mien ci-dessus. Inch Allah..
Ces pages avancent vaille que vaille, au gré de la mémoire, des loisirs et du temps. Patience. iQuébec, hébergeur gratuit de milliers de pages, peut avoir l'entrée parfois encombrée, et moi j’ai aussi autre chose à faire. Quand vous réussissez à y entrer, jetez de temps en temps un coup d'oeil sur les sous-titres ci-dessous, voir si j'ai avancé. Et si votre vision diffère de la mienne, la contredit ou la complète, écrivez-moi pour m'en parler. Pompom pero.
Le contexte
Les événements
Les gens
Les lieux
Les oeuvres
La sortie