Entonces, voilà où j'en suis ces jours-ci. Nostalgie, passéisme? On peut le croire, mais je ne pense pas. Bien plus une sorte de ressourcement.J'ai senti le besoin de m'écarter un moment de mes préoccupations courantes, afin de réexaminer, de saisir et de toucher de nouveau ce qu'était Montréal avant sa morosité et ses complexes actuels. Le Montréal débridé, dynamique, nombril-du-monde d'avant et pendant l'Expo 67, quand New-Yorkais, Parisiens et Nippons fonçaient ici pour essayer de comprendre ce qui s'y passait, autant que nous on allait chez eux. Je me demande s'il n'y a pas là-dedans quelque chose qui pourrait inspirer une sorte de relance non pas de l'économie (ça, c'est de la boulechite et même ceux qui en parlent sans arrêt le savent, ou bien ils sont encore plus cons que même moi je les pense), mais de l'esprit de la ville.
Me remonte en mémoire la vitupération un peu fasciste mais prémonitoire contre Jean Drapeau de l'auteur de Lindbergh, Claude Péloquin -- sans ça, à quoi servent les poètes? -- que j'avais publiée en page Pleins Feux dans La Presse peu après les Olympiques de 76. «Merci Monsieur le Maire d'avoir tué la femme que j'aime», ça s'appelait. Maudit fou de Pélo. C'est juste à ce moment-là, et il l'a bien senti, qu'un ressort, quelque part, s'est cassé dans notre vitalité. Qu'on s'est mis à penser comme une sous-métropole ou une ex-métropole, on le fait encore aujourd'hui. Et il a crissé l’camp pour vingt ans au soleil d'Eleuthera.
Les ressorts, ça se répare pas. Pas plus que les mentalités collectives, d'après moi. Mais en regardant de près de quel métal celui-là était fait, comment il était bandé, d'où il prenait appui, sur quoi il agissait, me semble que ça pourrait donner à quelqu'un l'amorce de la recette pour en créer un autre. À nous, peut-être pas... pas sûr qu'on a encore le temps ou l'énergie ou l'élasticité mentale nécessaires. Mais à nos enfants, à mes neveux Geneviève, Vincent et Mathieu, à qui j'ai pensé tout spécialement en faisant ceci, qui sait? Péloquin, après tout, est bien revenu en ville! Pompom pero..
P.s. Ceuses et ceux qui voient ceci et qui ont des souvenirs, des objets, des images de l'époque, faites-moi signe soit par e-mail à yleclerc@geocities.com, soit par téléphone au 1 514 733-3210 (laissez un message, je passe mon temps sur le Net).
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